lundi 9 novembre 2015

TAMIA - PIERRE FAVRE ~ Solitudes [1992]


Un disque de presque rien dans le jardin des voluptés... Voilà des artistes qui connaissent le vocabulaire des oiseaux, du vent, des vagues... Presque rien, cela signifie juste une voix et quelques percussions. Pour simplifier l'affaire, la voix ne prononce aucun mot intelligible (même par Christian Vander !), ainsi on peut plus aisément y déposer ses songes. C'est un des tout premiers albums postés sur Le Club des Mangeurs de Disques. A l'époque, je n'avais qu'une petite poignée de visiteurs, et ce fut un magnifique fiasco. Je n'espère guère davantage, aujourd'hui, mais je pense qu'il pourrait compter pour ceux qui voudront bien s'y risquer. Je n'ai pas envie d'en dire davantage (pour les véritables curieux, cela devrait suffire), certains disques réclament le suspens...  
Jimmy JIMI (Merci d'avance pour vos commentaires !)   


01 - Chant D'Exil
02 - Drame
03 - Clair - Obscur
04 - Pluies
05 - Allegria
06 - Erba Luce
07 - Sables
08 - Solitudes
MP3 (320 kbps) + artwork


vendredi 6 novembre 2015

DBUK ~ Songs One Through Eight [2015]


"We believe in the Lord but he don’t believe in us."
J’avais promis à Audrey un disque de country fêlée courant octobre et me voilà fort en retard. Mais je vous jure, ce n'est pas ma faute. Déjà, ce truc n’est sorti que le 30; ensuite, je suis resté scotché jusqu’à aujourd’hui à le regarder tourner (c’est une image), à l’écouter immobile, hébété, et puis j’ai basculé, faut que je vous explique, ça m’aidera peut-être à m’en sortir. En plus, country fêlée, tordue, vénéneuse (c’était le contrat), parle-t-on encore de ça, ici ? On avait donc laissé le SCAC avec en tête l’image que nous avait suggérée Jello Biafra - je vous la livre en V.O. : "this is the country band that plays the bar at the end of the world." Je me suis mis en tête d’aller y boire un coup dans ce bistrot. J’arrive donc au Bout du Monde pour n’y trouver que ruine et désolation. On n’a toujours pas l’explication officielle sur ce qui a provoqué la déflagration, mais le fameux bar a explosé; tout autour, ce n’est que terre brûlée, plus aucune âme qui vive. Quoi qu’en tendant l’oreille… Oui, ça vient bien du fond de ce cratère noirci et toujours fumant. Le bar était là, c’est certain; l’enseigne a fondu, mais il en reste quatre lettres qu’on distingue clairement; pourquoi celles-ci, on ne le saura jamais. Je m’approche, pas trop près, je me penche, pas trop non plus : Silent Bob et Danny Pants ont disparu, mais les mecs sont des durs, je ne m’inquiète pas trop pour eux. Il ne reste plus que ces quatre (étrange coïncidence…) ahuris dont on distingue à peine les silhouettes, entourés d’instruments pas encore complètement calcinés, le regard dans le vide mais ça c’est normal, autour d’eux c’est le vide. Il fait chaud, l’atmosphère est irrespirable, ça sent le soufre, des chiens aboient, des coyotes hurlent à la mort, merde y a pas un seul chien, pas un seul coyote en vue. C’est quoi ce bordel ? Mes pieds commencent à brûler et si je m’assois… c’est pire ! Mais je crois bien que je vais rester encore un peu. Si je ne suis pas revenu dans six mois merci de… non, laissez tomber.
Everett W. GILLES (Merci d’avance pour vos commentaires !)


01 - Broncos Fight Song
02 - Jim Nabors, From Bass To Mezzo-Soprano
03 - The Columbia Girl
04 - Uncle John's Boat
05 - Three Bloodhounds, Two Shepherds, One Fila Brasila
06 - Immaculately Warded Children
07 - I Hid & Seeked The Funnel
08 - The Red Cross Is Giving Out Misinformation
MP3 (320 kbps) + front cover


jeudi 5 novembre 2015

NILS PETTER MOLVAER ~ Baboon Moon [2011]


Pendant des années, je suis passé à côté de Nils Petter Molvaer (je vous rassure, depuis, j'ai fait une bonne partie de mon retard, mais celui-ci demeure mon préféré). Il aura donc fallu qu'un sublime babouin me fasse de l’œil pour que je tombe dans son magnifique piège... Laissez le soir s'installer et respirez voluptueusement ces vapeurs d'opium. Ce disque magnifique va vous faire planer plus vite qu'il ne fallut de temps à Louis Armstrong pour inventer le scat ! Certains rabats joie n'ont pu s'empêcher de lui reprocher un son qu'ils jugèrent trop davisien, mais c'est le lot des génies d'influencer les générations futures. Point de pâle copie, ici, mais un jazz totalement dénudé, un strip-tease au-delà des nuages ! 
Jimmy JIMI (Merci d'avance pour vos commentaires !)           



01 - Mercury Heart
02 - A Small Realm
03 - Recoil
04 - Bloodline
05 - Sleep With Echoes
06 - Blue Fandango
07 - Prince Of Calm
08 - Coded
09 - Baboon Moon
MP3 (320 kbps) + artwork


mardi 3 novembre 2015

TERRY CALLIER ~ The New Folk Sound Of Terry Callier [1965]


Parfois, il n’y a rien à dire. Juste à augmenter un peu le son (c’est important même si c'est guère plus que ce qu’il faut pour couvrir ce qui vous entoure) et à laisser les premières notes vous envoûter. Et là, vous saurez tout de suite que vous n’avez jamais entendu un truc pareil. Sur la pochette, il est écrit The New folk sound. Un machin complètement crétin sauf que, cinquante années plus tard, c’est toujours vrai. Oui, cinquante ans plus tard, c’est toujours une forme complètement nouvelle de folk et un son toujours aussi surprenant et puissant. Cette musique aurait pu sortir hier ou demain sans avoir besoin d’une quelconque remasterisation alors que je vous parle seulement d’un gars qui joue de la guitare acoustique avec deux contrebasses et guère plus. Sauf qu’en quelques secondes (si vous avez mis le son assez fort), vous entendrez à peine ces instruments, car cette musique aspire tout autour d’elle. C’est un trou noir, une faille temporelle qui vous emporte sur son tapis volant. Et encore, tout ça, ce n’est rien tant que vous n’aurez pas entendu cette voix sans âge, si envoûtante qu’elle vous caresse l’âme comme le ferait un sortilège. Cela fait plus de vingt ans que je l’écoute et, à chaque fois, ce sublime voyage immobile recommence, avec ces mêmes sensations, intactes, avec la même certitude que, où que puisse cette musique m’emporter, j’irai avec elle, et aussi loin qu’elle le désire, je le ferai les yeux fermés. Sauf que pendant ces quelques secondes à peine, elle aura déjà dessiné en nous toute l’éternité.
Audrey SONGEVAL (Merci d'avance pour vos commentaires !)



01 - 900 Miles
02 - Oh Dear, What Can The Matter Be
03 - Johnny Be Gay If You Can Be
04 - Cotton Eyed Joe
05 - It's About Time
06 - Promenade In Green
07 - Spin Spin Spin
08 - I'm A Drifter
09 - Be My Woman [Bonus Track]
10 - Jack O' Diamonds [Bonus Track]
11 - The Golden Apples Of The Sun [Bonus Track]
MP3 (320 kbps) + artwork
Promenade in green with BM185


lundi 2 novembre 2015

Pour la beauté du geste (feuilleton électrique) par Jimmy Jimi # 97


97. FOR THE FIRST TIME [ROD STEWART]

   Mon petit cœur ne cognait pas comme jamais, Olympia aurait du le savoir puisque c'est devant elle, un après-midi particulièrement pluvieux où elle dégrafa son soutien gorge pour la première fois face à mes yeux ébahis, que mon palpitant pulvérisa le record mondial de pulsations par minute ! (Ne comptez pas sur moi, chères demoiselles, pour vous expliquer, ici, pourquoi les garçons sont tellement passionnés par ce qui s'agite sous vos fines dentelles (au point que l'un d'entre eux fut bouleversé par une robe presque trop décolletée, alors qu'il s'apprêtait pourtant à monter sur scène pour son premier concert) : d'abord, j'ai un chapitre crucial à écrire et, ensuite, personne n'en sait absolument rien – et c'est justement ce qui rend l'affaire tellement merveilleuse et troublante !)

   Mon amoureuse me mordit les lèvres dans un baiser sauvage avant de me glisser à l'oreille : « Tu vas être génial, je t'aime », puis Isidore me poussa sur le plancher magique où la lumière me brûla. Il faut l'écrire pour ceux qui n'ont jamais connu le bonheur d'y poser un pied : là haut, tout là haut (même si la scène du Gibus s'élevait à moins de deux mètres du sol réservé au commun des mortels), on ne voit rien ; il n'y a de place que pour l’ouïe, la musique se doit de tout manger...

   Nous nous installâmes le plus tranquillement possible, comme nous en avions convenu.

   La foule était frémissante. Guillaume toussa un peu puis frappa trois fois avec ses baguettes et les fauves affamés furent enfin lâchés dans l'arène sacrée ! Pour éviter qu'un spectateur ait la malencontreuse idée de retourner vers le bar ou la sortie, il avait été décidé d'attaquer par Quelqu'un ?, notre titre le plus explosif, lequel – vous jugerez de l'audace ! – commençait directement par le refrain (qui devait sonner comme une demande d'adoption à destination du public) : « Y a t-il quelqu'un, y a t-il quelqu'un / Pour me mettre au monde ? / Y a t-il quelqu'un, y a t-il quelqu'un / Pour ouvrir le ciel sous mes pas ? » Ce que nous ignorions, c'est que la tension vous oblige à jouer plus fort et plus vite qu'à l'habitude. Le groupe y perdait peut-être un peu en originalité, mais y gagnait franchement en énergie (j'ai encore les « quelqu'un » du final, balancés en ad libitum furieux sous un déluge de décibels, qui reviennent me chauffer les oreilles pendant que je vous confesse ces quelques lignes). Richard, un peu timide jusqu'au premier couplet, se mit ensuite à la hauteur de l’événement en devenant magnifiquement incontrôlable. Sa gestuelle demeurait empruntée, mais sa voix faisait des ravages : à chaque « quelqu'un », on entendait le corps gracile d'une quelqu'une s'expédiant dans les vapes après avoir laissé échapper un dernier soupir languide !
   A la moitié de la chanson, mes mains sentaient déjà le brûlé comme si je venais de caresser les aréoles d'Olympia pendant toute une nuit ! Jamais, je n'avais autant aimé mon tambourin ; jamais, je n'aurais imaginé pouvoir l'aimer autant... (Sous les points de suspension, si vous prenez le temps d'y regarder, vous trouverez l'ombre fanée de mes anciennes désillusions.)
   J'aimerais pouvoir vous offrir le dessin de chacun de mes camarades, mais la tête dans le guidon et le corps sous l'orage, je n'eus pas vraiment le temps de capturer des instantanés ou de prendre des notes. Parlons-en du temps : il se rattrape de ses lenteurs peintes au chapitre précédent, la vie va si vite qu'elle semble ne plus exister – normal, la musique l'a remplacée en bouleversant les unités de mesure ; le vieux monde d'hier où l'on n'était que simple passant n'existe plus, on entre dans une dimension qui tient autant du sexuel que du mystique ! En répétition, il est facile de distinguer une guitare d'une trompette, aisé de différencier un couplet d'un refrain mais, une fois sous les feux, tout n'est plus que sublime orgie électrique. On n'est plus fan de musique ni même musicien : on devient musique, comme un astronome ou un poète qui cesseraient d'admirer les étoiles pour devenir l'une d'elle (et, en vérité, la qualité du groupe intervient peu dans le processus surnaturel – seule la passion importe). On dit souvent qu'une chanson peut raconter une histoire aussi bien qu'un lourd pavé, je n'en suis pas du tout persuadé et ça n'a guère d'importance puisque l'essentiel est ailleurs : c'est tout ce que cela suggère de fantasmes chez ceux qui sont sur scène comme devant ladite. Il faut être bien naïf pour croire qu'une note (un mot) n'est qu'une note (un mot) ou qu'une simple goutte de sueur n'est rien d'autre qu'une simple goutte de sueur.

   Et puis, le groupe se mit à jouir de concert après une dernière envolée. Le public (je l'avais presque oublié, celui-là !) hurla à la vie (ça change un peu de l'autre) tout en essayant de se fracturer les mains ! Un million d'années auparavant, nous nous étions rencontrés sur les bancs de l'école avec des rêves plus grands que nature. L'image me traversa l'esprit l'espace d'une seconde... C'est presque impossible de peser sa jouissance dans l'instant. Polina se retourna pour m'offrir un geste de la main de deux cent cinquante kilos. Richard osa un très beau : « Merci ».