lundi 28 novembre 2016

Pour la beauté du geste (feuilleton électrique) par Jimmy Jimi # 129


129. EVERYDAY I WRITE THE BOOK [ELVIS COSTELLO] 

   En fac de lettres, on m'avait demandé de disséquer bien trop de textes – qui n'en réclamaient pas tant – pour que me vienne l'envie de reprendre la plume afin de pousser au-delà de la chanson. Pourtant, si j'avais plongé la sinistre figure du « Monstre » dans une bassine d'encre, on ne l'aurait peut-être jamais retrouvée toute cabossée et baignant dans une marre de sang.     

   Il paraît qu'il n'est jamais trop tard... C'était donc là ma « grande idée » : écrire la biographie de Jimmy Koule, musicien inconnu. Cela m'offrirait toujours une chouette occupation au fond de ma geôle... On connaît les résultats souvent catastrophiques des groupes entrant en studio sans l'ombre d'un couplet, il fallait donc me préparer. Je n'ai jamais aimé les plans, ils refrènent l'imagination, mais je voulais profiter de la magnifique tranquillité de l'île pour tracer les grandes lignes. 

   Je m'offris une dernière chanson : Yellow eyes (sur celle-ci, c'est surtout la basse qui bouleverse, elle vous déchire violemment la chemise avant de vous lécher le cœur, et tant pis si, entre temps, il lui aura fallu l'arracher !). Pour moi, il est impossible d'écrire tout en écoutant un disque, cela brouille les ondes de sa propre petite musique.

   Je m'y pris n'importe comment, esquissant plusieurs débuts possibles sur une page, pendant que j'inscrivais des idées sur une autre, mais l'essentiel était que je me refasse les griffes, que me revienne le goût sacré des mots.  
   A la fin de la journée, je me retrouvai avec un titre (provisoire) : In excelsis deo (en référence à notre reprise de Gloria – ceux qui se souviennent de leur catéchisme ou qui connaissent la version de Patti Smith comprendront) et six versions du premier chapitre (j'avais décidé de débuter par le matin du drame, de continuer jusqu'au moment où j'expédie le « Monstre » dans le coma, avant de revenir au jour de ma naissance). Sur ma page de notes, j'avais écris que chaque chapitre devrait porter le nom d'une chanson (sans me soucier du contenu des paroles, juste de la signification du titre) et tenir sur une page dactylographiée afin que la lecture ne dépasse pas les trois ou quatre minutes réglementaires d'un single. 

   Il y avait du boulot, mais trente-deux jours d'île déserte et une éternité carcérale s'offraient à moi. (La prison, je faisais pour ainsi dire semblant de ne pas y penser même si un méchant bruit de serrures venait régulièrement briser l'harmonie qui s'était crée entre les glissements de ma plume et le chant des oiseaux – lesquels n'en revenaient pas du mutisme des enceintes géantes.) 

   Je passai sans un regard devant ma valise de disques et m'effondrai sur le lit, ivre de mots et de souvenirs. 

   C'est magnifique un sommeil d'écrivain (même débutant), on n'en parle pas suffisamment, mais les ruminations de la nuit remettent souvent les phrases dans le bon ordre ; il suffit juste de trouver une méthode pour que tout ne s'échappe pas pendant les premières minutes du réveil.



14 commentaires:

Keith Michards a dit…

Putain, c'est dingue cette histoire d'un mec qui écrit l'histoire d'un mec qui écrit l'histoire… c'est un peu comme ces images qui représentent la même image à l'infini. Ça me fait vaguement penser à l'effet des trous noirs qui absorbent toutes matières, y compris la lumière elle-même.
Bon, je m'assieds confortablement dans le fauteuil en cuir de Charlelie Couture et je m'apprête à découvrir la vie de mister Koule.
Tiens, si on disait que ça commence à Margate !!!

Jimmy Jimi a dit…

Hello Keith,
Et c'est là que je me rends compte qu'il y a beaucoup de similitudes avec mon premier roman (jamais terminé après 15 ans d'efforts!).
Je ne peux pas tout de dire, mais ta dernière phrase est peut-être juste, mais uniquement si on la retourne...

Devant Hantoss a dit…

Il a raison Keith, j'ajoute même le vertige comme sensation. Et puis je m'habitue maintenant à ces "pauses" dans le récit.
Clin d'oeil à Elvis, m'est pas forcément destiné, mais j’apprécie. Le plus marrant c'est que cette chanson, un petit succès pour lui, je ne l'aimais pas de sa date de sortie à 2015. C'est cette année que je me suis mis à l'apprécier.
Et il y a cette superbe sentence
"C'est magnifique un sommeil d'écrivain (même débutant), on n'en parle pas suffisamment, mais les ruminations de la nuit remettent souvent les phrases dans le bon ordre ; il suffit juste de trouver une méthode pour que tout ne s'échappe pas pendant les premières minutes du réveil."
Et pas que pour les écrivains débutants tu sais....

Jimmy Jimi a dit…

Hi Devant,
A l'époque de sa sortie, Dylan avait dit le plus grand bien du texte de "Everyday...". Le clin d’œil t'était fortement destiné et je n'avais pas mieux!
Ce qui est terrible, c'est quand on perd la moitié d'une phrase entre le lit et la feuille de papier! J'en ai perdu des phrases et du temps à essayer de me souvenir.

Audrey Songeval a dit…

Nouveau changement d'ambiance. Tu passes du rêve à la réalité. J'ai un très vague souvenir de ton début (j'avais essayé de rattraper mon retard en survolant certains chapitres et maintenant qu'on en est là, j'ai le souvenir que je comprenais pas trop l'histoire avec le train que j'avais pris en route -> tout s'explique maintenant).
L'effet "miroir" est classique, mais il permet de renforcer la réalité et de mieux cerner que la boucle se boucle. Et je suis comme Devant, la phrase finale en impose.

Maintenant, à ce stade, imaginons que je tienne ton livre, j'avoue que j'aimerais bien savoir l'épaisseur qui me reste à lire, parce qu'ici, il plane un parfum de plus en plus prononcé de Fin. D'ailleurs, je ne pense pas qu'il faut trop étirer cette fameuse fin. Le point principal qui flotte dans l'air et qu'il ne faut pas dissoudre, c'est le retour à la réalité, celui du monde en dehors de l'île déserte. Tu auras ici le loisir de nous faire souffrir avec ton personnage ou de combler notre envie de ne pas le voir finir en prison. En fait, j'ai pas envie de le voir en prison. Je te préviens!

Jimmy Jimi a dit…

Hello Audrey,
Nous n'étions pas dans le rêve au précédent chapitre, c'est seulement que j'aime mettre du songe dans la réalité... C'est comme la fin, quand la boucle est bouclée, j'aime rajouter une sorte de double boucle! Je ne peux pas tout te dire, mais on se rapproche en effet de la fin, sauf qu'il y a ma double boucle: l'ultime surprise.

Everett W. Gilles a dit…

Yo !
Tiens c'est marrant on dirait que c'est quelqu'un d'autre que toi qui a écrit ce paragraphe ... quelqu'un a piraté ton blog ?
Ca doit être l'effet ''voix-off''


Patti qui ?


yggdralivre a dit…

tiens c'est marrant, au départ je me posais un peu la même question qu'Audrey... et puis... en fait, c'est mister Everett qui a mis le doigt (avec un air sexy en prime) sur "l'effet voix off" et je trouve que ça colle bien à ma propre impression de décalage.
en fait, je parlais de réalisme magique la dernière fois et ici j'ai plus l'impression d'une "nuance", or, pour le coup, je préfère les glissements à la christopher priest (par exemple).

reste, que ça donne envie de savoir où tout cela va mener :)

Jimmy Jimi a dit…

Hello Everett,
J'ai engagé un "nègre" pendant que je me la coule douce sur l'île!

Hola Yggdralivre,
C'est bien gentil de glisser, mais j'ai quand même une histoire à mener à bon port! La suite directe sera peut-être plus magique, je ne sais trop, c'est le sujet qui choisi.

Audrey Songeval a dit…

Quand je parle du rêve, c'est parce que tout ce qui touche au BID en fait partie. Le jour où je les croise dans ma vie, je leur demande une dédicace et je prends un selfie pour t'envoyer le tout! :)
Oui, donc, c'est une réalité mais un peu fantasmée. Le monde de la prison parait quand même plus réel que ton île déserte... Aucun reproche de ma part d'ailleurs dans tout ça. Au contraire j'aime bien ça, ou comme tu l'appelle le "songe" dans la réalité.
Pour la suite, plus magique dis-tu? Du moment que tu ne l'appelles pas Another kinf of Magic... (mais plutôt Do you believe in magic? ou Magic Garden)

Audrey Songeval a dit…

Ou mieux: I was made to love magic

Jimmy Jimi a dit…

Hello Audrey,
En lisant ce nouveau commentaire, je comprends mieux ton point de vue, mais ce n'est pas parce qu'une chose n'existe pas dans notre monde, qu'elle ne peut entrer dans un roman, même si l'idée semble improbable (mais c'est ce qui m'amuse). Ici, j'ai bien insisté sur la première B.I.D. (celle des rêves) et sur la nouvelle qui s'inscrit dans la réalité (même si elle semble tordue).
Pour ce qui concerne la magie, je ne suis pas certain de conserver mon idée de base; je travaille encore sur le sujet.

Audrey Songeval a dit…

Je n'ai jamais dit que c'était impossible. Seulement, c'est toi qui modifie aussi les repères des lecteurs sans les avertir. Ce n'est pas forcément grave en soi, mais un lecteur ne peut pas savoir forcément ce qu toi tu as dans la tête ou ce que toi tu imagines. Il peut fort bien se dire que c'est n'importe quoi et baisser les bras s'il ne peut pas avoir ses repères. Pour ce qui te concerne, tu as la musique comme fil conducteur avec lui, mais il n'empêche qu'il faut peut-être ménager tes lecteurs en les aidant un peu plus à comprendre ce que, toi, tu veux qu'ils comprennent. Toi, tu sais forcément tout. C'est juste une piste que j'invite à réfléchir.

L'essentiel est de séduire, je pense que tu y parviens ici, même si on ne capte pas forcément comme toi tu l'entends.

Jimmy Jimi a dit…

Hi Audrey,
Je l'avoue, j'aime bien désorienter le lecteur! Qu'il possède exactement la même vision que la mienne est sans importance du moment qu'il ne quitte pas le navire (c'est un risque que j'assume). Sinon, je répète que tout serait sans doute plus facile si j'avais posté avec plus de régularité ou si tu avais tout lu depuis le départ...