mardi 8 septembre 2015

DOLLY PARTON ~ Coat Of Many Colors [D.R.] [1971]


Dolly Parton est assez peu connue en France. Et quand on parle d’elle, c'est principalement pour évoquer deux énormes arguments qui font oublier à quel point il s’agit avant tout d’une immense artiste. Aussi, ne comptez pas sur moi pour disserter sur le sujet (si vous les ignorez, je fais confiance aux autres pour en parler)… Oubliez également cette image complètement liftée qu’on voit d'elle aujourd’hui. Elle a d’ailleurs toujours joué avec ces clichés inhérents à Dolly, ce prénom qu’elle s’était choisi pour évoquer justement une poupée (blonde qui plus est). Or ce que je trouve passionnant à travers cette femme, c’est justement comment elle a su les détourner à son profit pour mieux s’imposer comme artiste à part entière et femme d’affaire redoutable dans un monde on ne peut plus machiste.  En partant de rien, Dolly Parton a bâti un véritable petit empire financier autour d’elle et est devenue l’une des rares femmes à être à ce point respectée en tant qu’auteur, compositeur et interprète, là où on réclamait habituellement aux femmes de sa génération qu’elle pousse la chansonnette qu’on lui avait préalablement écrite (vous voulez des noms, et y compris de très grands et bien plus célébrés qu’elle ?). Car, côté musique et tempérament, connaissez-vous beaucoup d’artistes qui ont refusé leurs chansons au King après les lui avoir proposés parce qu’il aurait fallu ne plus en être l’auteur, sous prétexte qu’un homme comme lui ne chantait pas de chansons écrites par une femme ? Où dont les albums côtoient régulièrement les plus grands dans les palmarès de la musique américaine? Mais j’oubliais, elle a principalement œuvré dans un style très peu apprécié du public français puisqu’il s’agit de country. Encore un style éminemment considéré comme masculin, pour lui apporter cette sensibilité si différente de poupée avec un cœur immense et généreux de femme, pourtant bien plus lucide sur notre monde que la plupart, car forgé par le formidable tempérament d’une naissance dans la grande pauvreté et au milieu des ploucs d’un coin perdu d’Amérique. Soit plein de belles raisons pour découvrir pourquoi cette femme mérite qu’on se penche sur son cas autrement que pour ces deux seuls arguments trop systématiquement mis en avant… Et cet album est d’ailleurs la preuve éclatante à quel point nos préjugés nous font parfois font passer à côté de merveilles bien plus belles et riches que ce que nous en attendions.
Audrey SONGEVAL (Merci d'avance pour vos commentaires !)
P.S. : vous le savez, même si vous n'êtes pas particulièrement fan de country, vous vous devez d'honorer votre discothèque de quelques albums de Johnny Cash, Waylon Jennings, Kris Kristofferson ou de celui-ci ; des disques où les sentiments sont beaucoup plus lourds que les gros sabots. 
Jimmy

  
01 - Coat Of Many Colors  
02 - Traveling Man
03 - My Blue Tears
04 - If I Lose My Mind
05 - The Mystery Of The Mystery  
06 - She Never Met A Man (She Didn't Like)
07 - Early Morning Breeze
08 - The Way I See You  
09 - Here I Am  
10 - A Better Place To Live
11 - My Heart Started Breaking [Previously Unissued - Bonus Track]
12 - Just As Good As Gone [Single B Side - Bonus Track] 
13 - The tender Touch Of Love [Previously Unissued - Bonus Track] 
14 - My Blue Tears [Previously Unissued Acoustic Demo - Bonus Track]
MP3 (320 kbps) + artwork 
Hello Dolly with BM158

18 commentaires:

PWy a dit…

Merci Audrey merci Jimmy.

La country c'est raconter la vie l'amour et la mort en à peine 3 minutes.

Et si on passe "I'm on Fire" du Boss en accéléré, ça ressemble beaucoup à Dolly Parton : https://www.youtube.com/watch?v=3AtNecByo1o

A+
PWy

Everett W. Gilles a dit…

Yo !
Tarée, tordue, vénéneuse, délirante, menaçante, morbide, Dolly Parton n'est rien de tout ça. C'est sans doute pour ça que je ne suis pas vraiment fan de sa musique, moi ma country je l'aime morbide, menaçante, délirante, vénéneuse, tordue ou tarée. Ou tout ça à la fois comme chez Slim & Munly.
C'est pour autant une superbe histoire que tu nous contes brillamment là, la légitimité et la classe de la Miss sont inoxydables.
Par contre en ce qui concerne, je te cite, ses deux énormes arguments, je ne vois pas de quoi tu parles. En tout cas moi je n'ai rien remarqué.
Thanx Audrey

Arewenotmen? a dit…

Un beau plaidoyer pour une artiste dont je n'avais retenu, comme tant d'autres, que les arguments les plus frappants... n(étant pas amateur de country (contrairement à pas mal de participants à "L'amour est dans le pré"), je ne suis pas sûr que je téléchargerai ce disque. Mais j'apprécie beaucoup le texte Jimmy

yggdralivre a dit…

hello, si, comme Everett j'apprécie la country plus rugueuse (de stever earl à black eyed vermilion) j'avoue être tombé dans la country plus "douce" et féminine à cause d'une compilation, mais aussi grâce à Cash et Young (qui mentionnait Dolly dans un entretien).

Après, le côté "surproduit" de titre comme "river unbroken" ça me picotte un peu trop les oreilles pour que je tienne très longtemps sans avoir envie de dépecer un chat... c'est aussi le pendant négatif (enfin consumériste) de son aspect lisse.femme d'affaire... mais les débuts sont vraiment superbes.

Audrey Songeval a dit…

@Everett: Tu as certainement raison. Et tes (deux ?) gros arguments ont du poids. Pourtant quand tu dis qu’elle n’est pas tarée tordue ou délirante, sans doute il y aurait à redire. C’est tout le paradoxe du personnage. Derrière une image lisse et cliché, il y a des fêlures et une complexité. D’abord, assumer voire revendiquer la générosité de ses formes de la plart d’une femme est certainement plus menaçant pour obtenir ce qu’elle veut pour un homme qu’un pistolet chargé même si, je le sais, tu es un chantre de l’abstinence et de la vertu *_* . En soi, c’est déjà un fort appel à la luxure et autres turpitudes, non?

Ensuite, il y a une autre profondeur au-delà de ce côté lisse et inoxydé qu’on peut trouver dans sa musique. On peut dire qu’il y a un côté fleur bleu, un peu comme si on chantait la beauté d’une plage tropical sous un beau ciel bleu ensoleillé. Toi, tu prèfères la même plage mais dans la tempête, balayé par les vagues avec un ciel déchiré par les éclairs. Et tu as raison, c’est une forme de vie et de beauté beaucoup plus intéressante. Sauf que Dolly Parton ne chante pas la première plage. Elle chante la beauté de la plage ensoleillée après la tempête. Le monde n’est pas beau. Les hommes ne sont pas des saints avec les femmes. Elle le sait, l’assume et en tire profit. Mais j’aime aussi ta vision de la Country (et tu m’as d’ailleurs converti aux charmes foutraques de Slim)

Et il y a également une autre fêlure qu’un homme a certainement beaucoup plus de mal à comprendre et à ressentir, sauf à y voir une forme de superficialité condescendante. Il s’agit de la peur de vieillir, la peur de ne plus être désirer par un homme, qu’on devine à travers ces opérations chirugicales (y compris pour renforcer ses deux énormes arguments).

A ce propos, quand je parlais de deux arguments, je pensais véritablement à deux différents. Le second est sa version de I will always love you, que je vous écoute à redécouvrir pour voir tout ce que Whitney Houston a rajouter pour en faire cette scie musicale qu’on connait tous et qui est assez éloigné de traitement originale de Dolly.

Bref à vous d’y trouver un peu plus que ce que les apparences semblent vous donner. Le texte Coat of many colors dit d’ailleurs tout ça. Le monde est beau mais en fait il est moche, et c’est à chacun de trouver la force de trouver sa beauté une fois qu’on a vu combien il pouvait être moche. Pour certains, c’est bébête, moi, je trouve ça plus intéressant que d’entendre tous ces artistes qui se complaisent à jouer avec sa laideur (parce que soudain on les trouve plus profonds, come c’est facile, surtout qu’il y a souvent une part non négligeable de pause et qu’elle devient souvent une rente marketing)…

@ Jimmy : Johnny Cash, c’est pas de la Country, c’est de la musique. De la grande musique ! D’ailleurs, c‘est bizarre, mais quand j’écoute Dolly, Cash ou Kristofferson (ou Slim) ou Nashville Skyline, Neil Young, jamais je me dis que j’écoute de la country… Alors que quand j’écoute Gram Pason ou Sweetheart of the Rodeo, oui.

Ernesto Violin a dit…

Très beau commentaire, Audrey. Je suis ravi de découvrir que je ne suis pas le seul à idolâtrer son I Will Always Love You. C'est d'une simplicité biblique, désarmante, tout en retenue, ça me bouleverse toujours après mille écoutes (même s'il a fallu des efforts pour gommer mentalement la version pachydermique de Whitney Houston).

Quant à ce disque, c'est (évidemment) un chef d'oeuvre, comme tout ce qu'elle a enregistré à l'époque. Cette chanson titre, mince...

Jimmy Jimi a dit…

Hello Arewenotmen?,
Le texte n'est pas de moi, mais d'Audrey (il faut rendre à Cléopâtre ce qui appartient à Cléopâtre!).

Hi Audrey,
Merci pour ce post superbe et pour ton commentaire qui ne l'est pas moins. Je ne vais pas m'attarder sur ces histoires d'étiquettes sur les flacons, on sait bien que l'essentiel est ailleurs.

Arewenotmen? a dit…

@Audrey

Ah zut, lecture trop rapide.... mes excuses donc et à nouveau mes compliments pour le texte.

Everett W. Gilles a dit…

Hello again.
Magnifique plaidoyer Audrey.
Loin, très loin de tout connaître de la dame j'y adhère totalement et te fais confiance sur ce à côté de quoi je peux passer.
Je me suis a-demi mal exprimé : ce que j'aime dans la country (j'ai utilisé 12 termes, toi un seul qui peut les résumer : fêlure) et que je ne retrouve pas ici concerne uniquement ce que j'entends à l'écoute d'un disque.
Je suis parfaitement conscient qu'une artiste de cette trempe ne peut qu'être façonnée par une part de souffrance, d'ombre et de tout le reste dont tu parles si bien, ses lyrics en attestent et je ne suis pas du genre à les occulter en généraL
Cool de te lire et (teasing ...) je te donne rendez-vous courant octobre pour un autre post de country fêlée !

Audrey Songeval a dit…

@Everett: j'attends ton post avec impatience.

Chris a dit…

Dolly Parton pour moi est synonyme de country, de celle que je n'apprécie (ais) pas forcément (au 1er abord) mais je pense que j'ai tort donc je vais écouter...

madmartigan Wayne a dit…

Merci pour celui ci.

Par contre j ai plus de mal a écouter le rock et le jazz.

Cordialement.

Ranx Ze Vox a dit…

Un Dolly que j'ai pas ? je calcule même pas, je prends et je dis merci.
Hugo Spanky

projectobject a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Je préfère Dolly Dagger.

Jimi

Le Zornophage a dit…

J'ai un peu honte d'y venir si tard vu la qualité et la quantité de tes commentaires chez moi mais, voilà, j'y suis. Donc, Dolly Parton... Comme je me suis déjà intéressé à la country, je sais que la miss n'est pas qu'une perruque et d'impressionnants poumons, c'est déjà ça. L'album que tu proposes me confirme qu'il y a, à son encontre, la même injustice de la prendre pour une bimbo (et une vieille refaite aujourd'hui), comme il est injuste de ne voir en Willie Nelson qu'un cowboys à cheveux longs fumeur de pétards (même si c'est vrai aussi !).
A l'écoute, j'ai été charmé par cette country moderne et traditionnelle à la fois, par ces histoires de tous les jours de gens normaux, par cette voix mutine aussi, et par la qualité de compositions qui touchent toutes le cœur de leur cible (le cœur
jutement !). Bref, merci pour cette excavation archéologique permettant de mettre en lumière une Dolly Parton au meilleur de sa forme.

Audrey Songeval a dit…

Contente de t'avoir fait découvrir un disque alors!

Airoe a dit…

écoutez sa version de "(your love has lifted me) higher and higher" et vous ne pourrez plus l'oublier (la chanson ? la chanteuse ?)