lundi 5 septembre 2016

Pour la beauté du geste (feuilleton électrique) par Jimmy Jimi # 120


120. DANCE ME TO THE END OF LOVE [LEONARD COHEN]

   Dans les coulisses, les autres filles continuaient à « jouer les danseuses » en glissant sur la pointe de leurs mignons petits pieds ou en tourbillonnant avec grâce au milieu des conversations, tandis que ma favorite ressemblait davantage à une sirène qu'on aurait extirpée trop vite des profondeurs de l'océan ou de l'écho de la musique... Elle était le sosie parfait de la petite Anglaise, dont je rêvais avant mon premier séjour à Margate. De la longue et magnifique chevelure auburn aux délicieuses tâches de rousseur, rien ne manquait, pas même l'accent à couper au couteau de Jane Birkin ! (Mary n'était pas une beauté agressive, violente, comme Olympia, elle n'offrait que charme et douceur – et c'est ce dont j'avais le plus besoin.) 

   Oscar me présenta son client, lequel me demanda comment j'avais trouvé le spectacle. Comme je ne pouvais lui avouer que j'étais tombé amoureux de sa fille au moment même où elle avait foulée la scène, je me résolus à répondre quelque chose d'à peu prêt aussi pompeux que : « Je n'ai rien trouvé, j'ai été littéralement absorbé, et le terme spectacle me semble peu flatteur pour décrire la féerie qui vient de se jouer ! » 

   Dans un ancien monde, mon ami Chris se faisait un plaisir de répéter (un peu trop souvent à mon goût) : « Jimmy, il n'est pas beau, mais il plaît aux filles ; c'est sans doute son regard mélancolique, quelque part entre Leonard Cohen et Droopy, elles sont prises d'une irrésistible envie de le consoler ! » Il pouvait bien se moquer, n'empêche que Mary glissa sa main dans la mienne au moment de passer le Pont Saint-Michel et franchir la frontière des deux univers. [Ici, ce sera bien. En relisant ce chapitre, il m'a semblé qu'il manquait quelques phrases, que le lecteur, amateur de romances, pourrait réclamer davantage de détails, mais explique-t-on seulement les miracles ? Je me souviens de quelques mots échangés avec cet air de rien qui, finalement, dit tout ; de deux ou trois sourires – de ceux qu'on souhaiterait mettre sous cloche avant de les poser pour toujours sur la table de nuit ; d'un verre qu'on devait boire ailleurs et qu'on ne boira jamais ; des voitures glissant sur la place sans qu'on entende le bruit des moteurs ; de la couleur de la Seine ; d'un regard à la dérobé ; de la douceur d'une main habituée à exécuter des gestes beaucoup plus compliqués ; du visage d'Olympia qui disparu de ma mémoire comme un corps qui se vide se son sang, de mon cœur se regonflant de vie... Voilà, pour le reste, les curieux n'auront qu'à faire jouer leur imagination...]  

   Ce n'est pas toujours facile d'être le compagnon d'une danseuse (oui, je vais m'autoriser une généralité, ça m'arrange !) : quand ces demoiselles ne sont pas sur scène, elles répètent, et quand elles ne répètent pas, elles entretiennent leur corps. Cela ne laisse guère de place à leurs amoureux, mais quand elles leur en font, ils ont l'impression de baigner dans un halo de lumière surnaturelle. Il me faut également évoquer les jeux érotiques et l'improbable souplesse de ces artistes. Le Kamasutra peut aller se rhabiller ! Les premiers mois, avec Mary, j'eus l'impression pour le moins étrange de faire l'amour en étant scotché au plafond ! C'est une expérience fort intéressante, je vous la recommande, à l'occasion ! 

   Bien sûr, on ne guérit pas d'un si long mal en quelques jours, et des coups de blues, parfois foudroyants, éclataient comme des baudruches gorgées d'un mauvais sang. Alors, ma danseuse se déshabillait de son justaucorps pour enfiler une blouse d'infirmière...

   Puis vint le jour d'un nouveau printemps, superbe dans son costume jaune soleil, avec les oiseaux qui chantent d'inédits couplets, et tout le doux toutim. Mary me donna rendez-vous devant la FNAC où elle désirait s'offrir un livre sur le bûto (c'est une danse japonaise apparut dans les années soixante, bande de rockers ignares !). Le nom du magasin me fit sursauter. Je n'avais pas acheter de disque depuis si longtemps que je ne me souvenais même plus de la pochette du dernier...

                         

11 commentaires:

Arewenotmen? a dit…

Ah ben dis donc ! Quel (heureux) rebondissement !

Arewenotmen? a dit…

..en parlant de rebondissement au singulier), je n'évoquais pas les courbes délicieuse de la demoiselle... quoi que..

Arewenotmen? a dit…

Très beau texte, gorgé d'amour et de douce sensualité !

Jimmy Jimi a dit…

Hello Arewenotmen?,
Les virages en épingle sont toujours difficiles à négocier. J'ai effectué plusieurs marches arrières pour éviter de tomber dans les décors.

Audrey Songeval a dit…

Heureusement que tu as mis la photo pour me remettre dans le bain. J'aime beaucoup ta parenthèse qui explique les phrases qui auraient pu manquer à ton histoire, parce qu'elles y sont toutes!
Pour le reste, tout va bien et on est habitué de voir Jimmy s'envoler ou plonger d'un coup. Et on aime bien le voir voler comme ici tout près des étoiles.

Everett W. Gilles a dit…

A-propos d'imagination, de danseuse, de souplesse et de Kama-Sutra je me dis que si Jimmy K avait rencontré une gymnaste on n'aurait pas pleuré !
Enfin, vu leur âge, une ex-gymnaste ...

Jimmy Jimi a dit…

Hello Audrey,
J'ai pensé à toi au moment d'écrire mon entre crochets, je suis content que tu l'aies souligné.
Le plus compliqué, à présent, va être d'accélérer sans non plus aller trop rapidement...

Hi Everett,
C'est un des avantages des danseuses sur les gymnastes, leur carrière durent plus longtemps.

Zocalo a dit…

Je ne dois pas être assez rocker, je connaissais le butô. Quant à Jane Birkin, il m'avait bien semblé déceler un léger accent français quand elle parle anglais...

yggdralivre a dit…

haaaaa la danse, l'intemporalité d'une flamme de bougie... ou quelque chose d'approchant.

une jolie reprise (mais pas celle, parfois grossière des tapisseries... plutôt de ces fresques épique, de ces épopées d'antan où il fallait parfois revenir à une image centrale pour repartir en explorer un autre coin).
le changement n'est pas si brutal, presque doux au contraire.

et puis la fin est tentante (pour ne pas dire tentation)

Jimmy Jimi a dit…

Hello Zocalo,
C'est le drame de notre époque, les rockers sont devenus cultivés!
J'aurais pu prendre Sandie Shaw, c'eut été peut-être plus chic.

Hi Yggdralivre,
C'est pour la suite que je me fais davantage de soucis, je vais devoir faire des raccourcis et ce n'est pas si simple.

Keith Michards a dit…

Bizarrement, moi c'est tout le contraire : je suis magnifiquement beau… mais je ne plais pas aux filles !!!!!
La saga est relancée.