mardi 26 avril 2016

TIM HARDIN ~ Suite For Susan Moore And Damion - We Are One, One, All In One [1969]


Oublions les questions domestiques, professionnelles ou médiatiques qui emplissent notre quotidien et focalisons-nous un instant sur cette chose si galvaudée qu’est l’amour. On rêve tous à un moment de sa vie (même si on peut l’avoir oublié en route) d’un grand amour. Mais, au final, qu’attendons-nous réellement de lui et que serions-nous prêts à faire pour (re)vivre le plus fou d’entre tous ? Pour illustrer mon propos, j’ai choisi ce disque de Tim Hardin, parce qu’il nous place au cœur de cette confrontation. Ce n’est sans doute pas son meilleur (d’autant qu’il est parfois inconfortable à écouter), à la place, ouvrez toutes grandes vos oreilles sur Tim Hardin 1 et Tim Hardin 2 et fermerez les yeux en même temps pour mieux les savourer. Pour ma part, j’aime par-dessous tout cette voix parfois mélancoliquement si douce et dont la magnifique retenue vous bouleverse en moins de trois syllabes car elle nous dit tout ce que l’on peut nous cacher de la vraie vie. Malheureusement pour lui (et pour nous), son accoutumance à l’héroïne aura aussi le dessus sur son œuvre et sur sa vie… Sur le disque en question, alors complètement fou amoureux de sa compagne du moment, Tim Hardin décide de se lancer dans une sorte de concept album pour exprimer toute la grandeur de l’amour qu’il porte à cette femme et à leur enfant. La belle, sans doute un peu dépassée par tant de ferveur, mit les voiles avant sa réalisation finale. Reste ce témoignage poignant, impudique et parfois effrayant d’un homme qui a osé dire et vivre ce que beaucoup se contentent de rêver. Car si ce disque me fascine autant, c’est qu’il nous place face à ce grand amour qui donnerait soudain tout son sens à nos vies pour nous dévoiler tels que nous sommes lorsqu’on cesse de se mentir : en toute honnêteté, vous sentiriez-vous vraiment capable de vivre et d’assumer les débordements d’un tel amour aux yeux de tous ou ne rêveriez-vous pas plutôt, à la place, d’en inspirer un pareil à votre égard ? A moins que, comme cette fameuse Susan Moore, vous ne préfériez vous en détourner à votre tour pour ne pas en payer le prix ? Alors, quelle que soit la réponse que vous trouverez à l’écoute de ce disque, acceptez qu’elle vous dévoile soudain une part de vous-même un peu effrayante… car tel est l’étrange pouvoir de cet album.
Audrey SONGEVAL (Merci d'avance pour vos commentaires !)


 * Implication I
 01 - First Love Song
 02 - Everything Good Become More True
* Implication II
03 - Question Of Birth
04 - Once-Touched By Flame
05 - Last Sweet Moments
*  Implication III
06 - Magician
07 - Loneliness She Knows
* End Of Implication
08 - The Country I'm Living In
09 - One One The Perfect Sum
10 - Susan
MP3 (320 kbps) + artwork



13 commentaires:

yggdralivre a dit…

ce que j'aime beaucoup dans ta démarche Audrey, c'est que tu ne cherches pas à présenter un artiste méconnu et.ou à nous dire "ça c'est indispensable", presqu'au contraire tu précises "ce n'est pas le meilleur". En revanche, tu proposes un angle d'écoute, un état d'esprit afin d'être en phase avec la sensibilité dégagée par l'album. Je trouve que ce n'est pas évident de parvenir à cerner ce que dégage un album, souvent on va aimer pour un moment partager, du fait d'un côté madeleine de Proust, pour la production, parce que ça nous touche... mais le "ça nous touche" ce n'est vraiment jamais évident d'en rendre compte.
bref, je connais cet album, je l'écoute effectivement moins que d'autres et ce que tu en dis m'interroge.
merci à toi.

Jimmy Jimi a dit…

"L'amour, c'est l'infini à la portée des caniches." (L.F. Céline)

Merci pour ce très joli billet. J'ai perdu tout contact avec l'amour depuis trop longtemps pour bien en parler. Je crois davantage au coup de foudre qu'au grand amour qui dur. Je pense, tout simplement, que la vie n'est pas vraiment faite pour les amoureux. J'ai pris ce que je pouvais prendre et ce n'est déjà pas si mal (je suppose). Qui sait, un jour repassera-t-il devant ma porte? J'aime beaucoup cet album, même si ce n'est peut-être pas le meilleur ou le plus évident. Je n'ai jamais bien compris Susan Moore. Il me semble que Tim Hardin aurait mérité quelques semaines de félicité supplémentaires! Enfin, cela lui aura offert quelques idées de chansons pour la suite (mais sans doute, aussi, poussé davantage vers la seringue à canon scié)...

Everett W. Gilles a dit…

Yo
L'autre il lui écrit un disque (et double, s'il vous plaît !) et la nana elle se barre ''sans doute un peu dépassée par tant de ferveur", je t'en foutrai de la ferveur moi ...

A part ça j'ai découvert Tim Hardin après avoir vu The Future is Unwritten en me disant que si Hardin parlait à Strummer il pouvait me parler à moi ... ce qui fut le cas. J'écoute pas tous les jours, je ne connaissais pas celui-ci, je sais pas si c'est son meilleur ou pas mais il ne me fait pas fuir et ressemble bien au bonhomme, au moins à l'une de ses facettes. Et chouette texte (quand tu ne cherches pas d'excuse à la Miss bien sûr ...)
Thx Audrey

Audrey Songeval a dit…

@yggdravile: Bizarrement, c'est l'album que j'écoute le plus parce que je me dis qu'il m'échappe toujours un peu. Il fallait une confiance énorme pour oser livrer un tel témoignage aussi impudique. C'est certainement pourquoi certaines chanson mettent un peu mal à l'aise... Mon album préféré est Tim Hardin 1. J'y aime ses petites notes de piano et la splendeur du chant. Quant à la beauté de l'écriture de Tim Hardin, je n'y reviendrais pas. C'est pour moi par cet album qu'il faut rentrer dans on œuvre.

@Jimmy: Effectivement, on peut philosopher sur la différence de l'amour ou de la passion ou du coup de foudre... D'où ce sentiment pour ma part, de ne pas savoir ma relation avec ce grand amour. EN écoutant Hardin sur ce disque, je me vois malheureusement un peu comme Susan Moore en me disant qu'il y a quelque chose d'effrayant à être aimé(e) de la sorte. Et j'ai aussi l'impression que je ne comprend pas complètement ce disque parce que je n'ai sans doute moi-même jamais connu ou suscité un tel amour...
Quant à dire que "les Histoire d'Amour finissent mal en général", comme dit la chanson, c'est aussi parce qu'on idéalise trop les premiers instants... Je pense que le temps offre d'autres vertus à l'Amour quand il dure, sauf qu'elles sont moins "vendeuses" de rêve...

Mais il y a aussi sur cet album quelques chansons sublimes.

Arewenotmen? a dit…

Ce texte me fait penser à Des Esseintes, le "héros" de Huysmans dans ce chef d'oeuvre qu'est "A rebours"... en partance pour Londres, il attend son train dans un pub anglais proche de la gare du Nord, lequel le plonge tellement dans l'exotisme qu'il recherche en partant visiter Albion qu'il finit par trouver ce déplacement inutile et rentre finalement chez lui. Ici, c'est un peu pareil... le texte est tellement sensible qu'on a l'impression d'avoir déjà éprouvé l'émotion que doit nous procurer le disque... que je vais quand même écouter !

Jimmy Jimi a dit…

C'est marrant que tu cites ce passage que j'adore, j'y pensais souvent qu'en j'entrais chez Old England (avant que des sagouins ne transforme cette maison en grand n'importe quoi de luxe cliquant (ils ont même recouvert le sublime planché en chêne))...

Arewenotmen? a dit…

Ah, en plus ils ont massacré Old england...

sorgual a dit…

J'ai bien envie d'aller visiter ce hardin secret.
Pour Audrey, au vu de mon expérience devenue heureuse en la matière ;
sur la question de l'Amour en majuscule, si il est réciproque et donc fusionnel, je ne crois pas qu'il puisse te laisser de choix, de questions, car justement il se base sur une évidence, un besoin, un état de sérénité qui ne justifie aucune preuve, négociation, effort, ni même présence permanente. Il ne perturbe pas ta vie, ton quotidien, il le facilite, il te donne envie de demain, d'avenir. le partage et le dialogue n'est pas réfléchi, il devient inné.
Il est différent de ce que l'on ressend dans la passion, qui elle t'étouffe par le besoin et l'omniprésence, qui pose ses propres règles sans tenir compte de la vie normale et du quotidien. C'est un besoin de souffre, d'urgence, de sensuel qui t'obsède. Il n y a pas là de sérénité, de projet de vie, c'est une urgence et un quotidien renouvellé qui te laisse sous pression et t'épuise, et mène (toujours ?) à l'usure si il ne débouche sur un concret de vie normalisée.
Reste l'amour, l'usuel, le banal, la rencontre et la construction d'une vie, le chemin enssemble de deux personnes compatibles, une sorte de rationnel ou l'on perçoit des rapports de force, des contraintes , des efforts vers l'autre, où le rationnel commande. C'est un amour amitié où le principe et de préserver l'autre et un équilibre de vie, le sentiment devient un moyen et non une priorité. C'est dans ce contexte que l'usure est parfois là, les frictions possibles, voire l'intérêt détourné vers d'autres aventures, où l'impossibilité de supporter lévolution de celui qui devient l'autre, où le plus souvent les contraintes de rester le personnage que l'on pense devoir être ou rester, le pilier du couple. Bien sûr beaucoup garderons ce statut rassurant, valorisant, sans que l'orage n'éclate. Bien sûr je ne dégrigre pas cette fusion presque plus sociale qu'affective.
Mais à postériori, quand on a vécu le grand Amour , cette sérénité, on se dit que l'amour (commun ?) ne mérite peut être pas la même typographie et définition dans le dictionnaire.

Jeepeedee a dit…

Cet album m'est totalement inconnu mais la présentation est fascinante. J'ai presque autant envie de garder le texte que l'album...

Bravo et merci.

Audrey Songeval a dit…

@Everett: Tu as raison, aucune excuse pour la belle. Ou peut-être que Hardin n'était pas la hauteur de ses chansons pour le reste? :) Et contrairement à ce que tu as écrit, justement, il n'a même pas été foutu de lui écrire un double puisqu'il s'agit d'un simple et assez court qui plus est avec un long morceau où il jamme plus qu'il ne compose! Fallait pas s'étonner qu'elle se barre! Donc je suis entièrement d'accord avec toi, cette femme a eu tort d'avoir raison! ^-^

@sorgal: déjà, en matière de grand Amour, l'une des difficultés (et c'est le cas ici), il faut qu'il y ait une réciproque. J'ai malheureusement connu autour de moi où ça n'a pas été le cas (mais qui au final ce sont bien achevé car il y a eu mariage à force de persévérance et pas de divorce depuis).
Pour ma part, j'ignore si ce que je vis est un grand Amour, ce que je sais c'est qu'il dure depuis très longtemps... Presque 30 ans (donc ça ne laisse pas non plus trop l'occasion de comparer :) )... Pour moi, l'amour est plus lié à une sorte d'alchimie entre deux êtres. Et je crois que beaucoup se trompent aussi sur ce qu'ils ressentent. Ils appelle Amour ce qui est amourette ou Passion. D'où les divorces à la pelle.

@Arewenotmen? : Oh il y a fort longtemps que je l'ai lu. Mais effectivement, l'idée est intéressante. Le Grand Amour comme un truc qui attire mais qu'on se dit qu'on sait ce qu'il y a dedans et que ça ne vaut pas la peine d'essayer... Mais c'est aussi très lâche. Je n’adhère pas trop aux idées de Huysmann, qui me paraissent plus une pose inételectuelle, à vrai dire un peu facile.
Pour ce qui est de l'Amour, on peut trouver Silly Love Song complètement niaise. Alors que moi, je trouve qu'elle est d'une grande justesse. L'Amour, c'est aussi ça, une façon de voir soudain le monde plus beau et assumer d'être un peu niais. Et il faut certainement plus de courage pour le chanter que se refuser d'écrire une chanson d'amour comme l'a fait Bowie (que j'admire pourtant bien plus que Macca), alors que spontanément on donne raison à Bowie contre Macca.
Et pour finir, je trouve que cet album donne justement à l'Amour une dimension plus grande qu'un Lennon chantant sa Yoko. Il y a la m^me dévotion du geste, mais avec un sentiment d'absolu en plus..

@jeepedee: venant de quelqu'un qui sait écrire de si bons textes sur son blog, je prends ça comme un grand compliment même si l'éventuel excuse de ne pas écouter qui en découle (comme le signalait déjà Arewenotmen?) montrerait alors plutôt que le texte loupe sa cible et qu'il n'est pas si bon... :)

Jeepeedee a dit…

Je suis en train d'écouter l'album, (in ?)volontairement sur les baffles minables de mon PC, en faisant à bouffer. Docteur, ne pensez-vous pas que, voudrais-je tout mettre en oeuvre pour ne pas l'apprécier, que je ne ferais pas autrement ?

Ton texte me fait craindre le pire : je ne me suis toujours pas remis de certaines chansons de Cohen, au hasard, et j'avoue une certaine crainte à rentrer dans ce disque, connaissant un tout petit peu Tim Hardin par ailleurs.

...Et j'ai bien peur que voilà encore un disque qui va m'accompagner longtemps, et susciter des sentiments et des ambiances dont je me passerais bien. Un doux poison...

Audrey Songeval a dit…

Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un poison. Je le vois plus comme un miroir qui ne nous mentirait pas... J'ai mal pour lui en même temps que je l'envie d'avoir osé plonger aussi loin, tout comme il m'effraie un peu.

Arewenotmen? a dit…

Cà me touche çà par contre (je fais référence à mon commentaire juste déposé sur Mazzy Star)... Je ne oonnais rien d'autre de ce monsieur dont j'ignorais encore jusqu'à maintenant l'existence, mais...